Rencontre avec Katia du Festival « Transposition » d’Annecy

A partir de mardi, Annecy accueille un nouveau festival de cinéma LGBT : « Transposition » ! Nous avons rencontrés Katia, l’une des organisatrices à l’origine de cet événement !

D’où est venue l’envie de créer ce festival de cinéma dédié aux minorités de genre et sexuelles ?
Katia : J’ai rencontré Julie (mon binôme sur le festival) pendant l’été 2015. On participait déjà à plusieurs projets LGBTQ+ culturels, sur Paris et Annecy. On a eu envie de créer un événement rassembleur pour le public queer ici, et l’idée d’un festival de films est venue spontanément.

Comment se porte la vie LGBT à Annecy et en Haute Savoie ?
Justement, l’état des lieux est plutôt tristounet : presque aucun lieu, peu de soirées et peu d’associations. Pourtant, dix ans auparavant, Annecy faisait partie du top 5 des villes LGBT friendly. D’une quinzaine d’établissements, aujourd’hui, il ne doit en reste qu’un (ou deux ?). Le bruit, le voisinage, la pression des riverains… Et la clientèle elle-même peut-être. Ce qui est assez paradoxal car il y a beaucoup de gays et lesbiennes à Annecy. Mais il est évident que la communauté a été longtemps discrète. Les choses changent, 2012 est passé par là, et on sent aujourd’hui une envie de se rassembler pour dialoguer, débattre et échanger. C’est sans doute pour cette raison que le projet Transposition a tout de suite plu, et reçu beaucoup d’encouragements.

Est-ce qu’il a été facile de trouver les financements pour le festival ?
Nous n’avons malheureusement presque pas eu de soutien de la part des collectivités publiques, mais nous nous y attendions. On a donc lancé un crowdfunding sur la plate-forme Ulule. Crowdfunding réussi ! Et 50% des participations sur le Ulule proviennent de partenaires privés, situés dans la région. C’est un signe fort de la part des acteurs LGBTQ+.

fronteras_outplayfilms_01

 

Le nom du festival – « Transposition » – fait référence à un article de Marie Labory dans « Well Well Well ». En quoi cet article vous a autant parlé ?
Marie Labory évoquait le cinéma et l’effort que doivent faire les personnes des communautés minorisées (de genre et d’orientation sexuelle) pour se mettre à la place du héros ou de l’héroïne d’un film en vue de se construire et de s’inventer des modèles.

« Il me semble qu’avant d’entendre parler de nous à travers le regard d’un cinéaste hétéro, aussi juste soit-il, nous avons besoin de NOUS entendre parler de nous, c’est un préalable. Une nécessité pour laver toutes ces années d’invisibilité […] ». (Marie Labory dans Well Well Well)

Nous avons eu envie de proposer cet effort de gymnastique mentale à tous et toutes, quels que soient le genre, l’identité ou l’orientation sexuelle. L’objectif du festival est de réunir la communauté, oui, mais pas seulement. Il s’agit d’un festival grand public et inclusif.

L’association est toute jeune. Combien de membre êtes-vous et qu’est-ce qui a motivé les personnes à vous rejoindre ?
L’association a moins d’un an et nous sommes 18 aujourd’hui dans l’équipe. Le projet, la nouveauté, le dynamisme, le plaisir de proposer quelque chose de différent… j’imagine que tout cela a dû plaire aux membres. J’en profite pour les citer, parce qu’ils bossent dur ! Julie, les deux Lucie, Lolita, Jules, Sabrina, Laura, Adam, Damien, Mélissa, Wedson, Maëva, Agathe, Sandrin, Margaux et Olivier.

theo-et-hugo-dans-le-meme-bateau-1024x577

 

Où le festival va-t-il avoir lieu ?
Dans 3 cinémas : la Turbine à Cran-Gevrier, la MJC Novel à Annecy, l’Auditorium de Seynod.
Une salle associative : l’Alterlocal à Cran-Gévrier, pour la Nuit Queerotic le vendredi 20 mai.
Et une salle de concerts, le Brise Glace, qui accueillera la soirée de clôture le vendredi 28 mai.
On remercie tous ces lieux qui nous ont fait confiance alors qu’il s’agit d’une toute première édition.

Quels sont les temps forts de la programmation ?
Sans aucun doute la soirée d’ouverture, avec la projection de Naissance des Pieuvres de Céline Sciamma, et du Repas Dominical de Céline Devaux, court-métrage primé au César 2016. La soirée du 19 mai sera également très dense, car placée sous le signe du militantisme, avec Le Cercle, Rien n’oblige à répéter l’histoire et Spasibo et un débat. Il y a une soirée « Gay-ok » avec San Francisco 1985, précédé de plusieurs courts. Et une autre soirée « Dykes are hype » avec Freelove, également précédé de plusieurs courts et d’un documentaire Thokozani Football club. Je pense que Tangerine sera également un moment fort dans le festival. Plusieurs apéros dans des bars annéciens vont nous permettre d’échanger après les séances : Café des Arts, Point d’Interrogation et Fitzgerald pour la Dklé. Pour finir en beauté, on recevra Mansfield.Tya pour la soirée de clôture avec Louise Roam, WNK et Nicol.

18764978.jpg-r_1280_720-f_jpg-q_x-xxyxx

Quels seront les invités ?
Nous avons convié Chriss Lag, la réalisatrice de Parole de King!, Stéphane Gérard, le réalisateur de Rien n’oblige à répéter l’histoire et Geoffrey Couët, un des acteurs principaux de Théo et Hugo dans le même bateau. Des débats sont également prévus avec des associations locales comme Aides, ou un peu plus éloignées comme Frisse Asso à Lyon ou le Collectif Lesbien Lyonnais.

 

 

Des séances seront organisées pour les scolaires. Pourquoi cet angle était important ? Est-ce qu’il a été facile de fédérer les enseignants autour de ces séances ?
Oui, c’est très important. C’est un peu compliqué pour le moment. Les établissements n’ont pas encore répondu à nos invitations. Peut-être est-ce dû au thème, au calendrier ? Qui sait ?

Programmer Tomboy, c’est un pied de nez à Civitas ?
C’est effectivement important pour nous de montrer que ce film, qui est excellent, mérite d’être vu, mais plus généralement les thématiques qu’il aborde, concernant la construction de l’identité de genre notamment, sont essentielles. On n’a pas choisi la programmation en fonction des oppositions qu’elle pouvait susciter mais plutôt en raison de la qualité cinématographique des films.

Le festival se revendique aussi « eco-manisfestation responsable ». Pouvez-vous nous en dire plus ?
C’est une démarche militante globale : prôner le respect des autres et de la différence va de pair avec une prise en compte des problématiques environnementales. De fait, nous travaillons avec un food-truck La Chill-Zone qui utilise des produits locaux et va nous proposer des recettes végétariennes, mais on bosse aussi avec une association L’Alterlocal qui accueille une AMAP et propose des bières locales par exemple que l’on pourra déguster lors de notre Nuit Queerotic ! L’un de nos partenaires, Pissedebout crée des produits recyclables, biodégradables et compostables. C’est un premier pas, on espère faire encore mieux pour les prochaines éditions !

Festival Transposition à Annecy, du 17 au 28 mai 2016
Plus d’infos

Source: PinkTV

Views: 3

Partager:
Translate »