Ahmed Ben Amor, 20 ans, a été chassé par sa famille et expulsé de son lycée pour avoir affiché son homosexualité.
Il est venu défendre les droits des homosexuels à la télévision le 20 avril dernier.
Invité de l’émission Klem Ennes, Ahmed Ben Amor était opposé à deux contradicteurs : le chanteur Walid Ettounsi, qui a soutenu le comédien Ahmed Landolsi qui avait déclaré une semaine plut tôt «Ce n’est pas dans nos mœurs, je suis peut-être dur mais l’homosexualité est une maladie et un péché, et qu’on ne vienne pas me parler de liberté individuelle», a-t-il encore déclaré, ajoutant: «C’est comme boire de l’alcool, c’est un pêché. Au moins, ne faut-il pas le faire ouvertement et se cacher». et l’imam Mohamed Ben Hamouda, qui a souligné que l’homosexualité était non seulement interdite par l’islam, mais aussi par le christianisme et le judaïsme.
À la suite de cette émission télévisée du 20 avril, les actes homophobes se sont multipliés.
Son apparition a la TV déclenché une vague de haine inédite en Tunisie dans la population. Un homme de 30 ans – qui explique avoir participé à la révolution – confirme: « Ce n’est pas notre culture, ce n’est pas notre religion… Toute la Tunisie est contre! »
Via son téléphone, Ahmed a reçu déjà des centaines de menaces en à peine un mois, depuis cette fameuse émission: « J’ai reçu plus de 300 messages de menaces de mort », confie-t-il à l’occasion d’une rencontre avec une correspondante de la RTS.
Des messages explicites pour la plupart: « Là, c’est une fille qui me dit ‘tu dois mourir, tu n’es pas un homme, tu ne mérites pas d’exister. Je sais où tu habites, je vais t’égorger…’ », raconte le jeune homme qui ne sort plus de chez lui seul.
Or, à peine dix minutes après ce débat, les menaces de mort commençaient à tomber sur les réseaux sociaux. Et quelques jours plus tard, un autre imam appelait au meurtre dans un prêche stipulant que les homosexuels ne peuvent être soignés. « Il faut les tuer, la meilleur manière de s’en débarrasser est de les jeter dans le vide et de les lapider à mort. » Un prêche qui n’a par ailleurs suscité aucune réaction du gouvernement tunisien.
Face à cette situation, Ahmed ne peut compter sur aucune protection. « Quelqu’un a failli m’écraser avec sa voiture. Je suis allé porter plainte et on m’a dit qu’on ne pouvait pas me protéger, ‘on ne protège pas les pédés, tu dois assumer ce que tu as fait’ « , lui a-t-on indiqué.
« La police aujourd’hui ne te protège pas, elle t’attaque. En plus, un homosexuel est menacé d’un test anal pour prouver son homosexualité et pourrait être emprisonné. Donc l’Etat te refuse… la société te marginalise. »
Mais malgré la peur, Ahmed participerait à nouveau à ce débat si c’était à refaire: « Mourir pour défendre cette cause pourrait être un honneur pour moi. Si quelque chose m’arrive, ça sera la responsabilité de l’Etat tunisien qui ne m’a pas protégé. Et je vais continuer jusqu’au dernier jour de ma vie. »
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